Une économie du partage qui fonctionne pour tout le monde



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L’économie du partage, en pleine émergence, a d’importantes répercussions sur la croissance inclusive et tous les programmes et politiques qui contribuent au filet de sécurité sociale du Canada.

Plusieurs Canadiens sont très endettés. Selon les statistiques les plus récentes, le ratio d’endettement moyen des ménages canadiens par rapport au revenu est de 168 %. De plus, 8 % des ménages ont un ratio d’endettement par rapport au revenu de 350 % ou plus. Près de la moitié des ménages vivent d’une paie à l’autre, ce qui les rend vulnérables à un endettement encore supérieur s’ils devaient faire face à des coûts imprévus ou à des écarts de revenus. Compte tenu de ces faits, comment peut-on favoriser l’inclusion sociale et une croissance économique inclusive?

Les participants faisant partie de l’équipe Capital et dettes du programme Canada au-delà de 150 ont examiné comment les technologies et les pratiques sociales émergentes pourraient remodeler l’avenir de la formation de capital au Canada, ainsi que leurs répercussions sur une croissance économique qui fonctionne pour tous les Canadiens. À l’aide de méthodes prospectives, ils ont formulé trois principales constatations :

L’accès à des services pourrait avoir une incidence sur la propriété. Les Canadiens utilisent de plus en plus les technologies numériques pour avoir accès à des « solutions » au lieu d’utiliser leurs propres actifs. Cette économie du partage, en pleine émergence, pourrait se traduire par une baisse des taux de propriété, surtout pour les produits haut de gamme, comme les maisons et les voitures. Un taux de propriété moindre pourrait permettre d’accroître le capital liquide disponible, de diminuer les dettes, et d’avoir accès à des produits de meilleure qualité sur demande. Un taux de propriété moindre pourrait toutefois aussi signifier que les Canadiens n’auront pas les garanties requises pour avoir accès à un crédit abordable et investir dans des études et des sources de revenus passifs.

La réputation ou le crédit social pourrait devenir un facteur déterminant de l’inclusion socio-économique. Il devient de plus en plus courant d’évaluer la crédibilité/fiabilité d’un utilisateur (crédit social) comme les plateformes d’Uber, d’eBay et d’autres entreprises permettent de le faire à l’heure actuelle. De même, de nouvelles technologies comme la chaîne de blocs permettent de mettre au point de nouvelles méthodes pour recueillir et évaluer un plus grand nombre de renseignements. Ensemble, ces développements pourraient permettre de mettre au point de nouvelles méthodes d’évaluation de l’admissibilité au crédit et aux services reposant sur des algorithmes complexes et davantage de renseignements. D’ici 2030, le gouvernement et les citoyens devront peut-être s’attaquer à de nouvelles formes de vulnérabilités et d’inégalités qui découleront de la façon dont les comportements sociaux seront jugés au moyen des systèmes de réputation.

Les liens entre la propriété et le statut social commencent à être instables. La possession de biens coûteux était auparavant perçue comme un symbole de statut social. Si l’on peut avoir accès à des solutions sans avoir à acheter des actifs coûteux, la propriété pourrait perdre cette fonction. Les modèles de paiement à l’utilisation pourraient réduire l’importance du facteur incitatif de l’affirmation du statut qui est lié à la possession de biens. Les Canadiens pourraient ainsi s’endetter moins pour avoir le même style de vie, ou encore pour en adopter un meilleur.

Le scénario n’est toutefois pas entièrement rose : les Canadiens défavorisés sur le plan financier pourraient devenir encore plus marginalisés, puisqu’ils n’ont généralement pas d’actifs générateurs de revenus leur permettant de participer à l’économie du partage, et qu’ils ne sauront peut-être pas comment tirer parti des actifs et des capacités dont ils disposent.

Puisque le modèle actuel de création de richesses se transforme et encourage maintenant davantage les réseaux et les actifs, les stratégies, les politiques, les programmes et les indicateurs actuels pourraient devenir moins pertinents en vue de favoriser la diversité et l’inclusion. Il faudra donc peut-être repenser les politiques gouvernementales qui reposent sur des hypothèses économiques actuelles.

Un portefeuille numérique pour obtenir du succès dans l’économie du partage

Pour aider les Canadiens à obtenir du succès dans l’économie du partage, le gouvernement pourrait créer un « portefeuille numérique » sécuritaire pour tous les Canadiens. Ce portefeuille pourrait regrouper tous les programmes de prestations du gouvernement fédéral et permettre d’accéder facilement aux fonds, ainsi qu’aux renseignements et aux outils financiers connexes. Il pourrait être utilisé comme un guichet de services et un compte bancaire privé, et faciliter ou automatiser l’inscription aux programmes et services gouvernementaux. Les prestations pourraient être versées directement dans le portefeuille numérique.

Les portefeuilles numériques seraient créés au moment où les Canadiens présentent une demande de numéro d’assurance sociale (NAS) ou, pour ceux qui ont déjà un NAS, lors de la production de leur déclaration de revenus. Les Canadiens pourraient utiliser les portefeuilles numériques pour accéder à des fonds obtenus dans le cadre de programmes gouvernementaux. Contrairement à ce qui se passe actuellement, les fonds seraient intégrés à un système et on pourrait donc assurer un suivi en tenant compte des objectifs. Par exemple, le montant total des fonds disponibles pour les frais de scolarité d’un Canadien pourrait être exprimé sous la forme d’un seul montant, même s’ils ont été fournis au moyen de plusieurs programmes comme des régimes enregistrés d’épargne-études, des prêts étudiants et des ressources favorisant le recyclage professionnel de l’assurance-emploi. Pour en simplifier l’utilisation, des contrats automatiques reposant sur la technologie de la chaîne de blocs pourraient permettre de vérifier et d’assurer un suivi des conditions liées au retrait des fonds.

Comptes personnels favorisant la constitution d’un patrimoine

Le gouvernement du Canada pourrait aussi créer un nouveau compte favorisant la constitution d’un patrimoine dans le portefeuille numérique de chaque Canadien, pour les aider à participer à l’économie du partage, en pleine émergence. Le gouvernement encourage déjà l’épargne-études (régime enregistré d’épargne-études) et l’accès à la propriété (Régime d’accession à la propriété). Le compte permettant de constituer un patrimoine pourrait bonifier ces régimes, en favorisant l’investissement dès la naissance afin que les personnes puissent avoir accès à certains montants dès l’âge de 18 ans pour des études ou de la formation, le démarrage d’une entreprise, l’achat d’une maison (ou d’un autre actif pouvant être partagé) ou encore pour combler les lacunes liées à d’autres programmes d’aide sociale (p. ex., congés de maladie et d’invalidité prolongés, longues périodes de chômage).

Pour les ménages canadiens dont les revenus sont modérément faibles, le gouvernement pourrait offrir une somme équivalente au montant épargné, tandis que des ratios plus élevés pourraient être offerts aux ménages à faible revenu. Pour les Canadiens qui gagnent un faible revenu, et pourraient donc ne pas être en mesure d’épargner du tout, le gouvernement pourrait transférer des montants fixes dans le portefeuille numérique plutôt que d’offrir une somme équivalente à leur contribution. Ces mesures pourraient encourager l’épargne et la constitution d’un patrimoine pour les Canadiens, y compris pour ceux qui ont un faible revenu, tout en tenant compte du fait que certains d’entre eux ont du mal à joindre les deux bouts.

 

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