La réconciliation et la fonction publique : Semer le changement



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Il devient pressant que la réconciliation traite du passé colonial qui crée de nombreux obstacles dans les collectivités autochtones, que ce soit de l’eau insalubre à la surreprésentation d’Autochtones dans les prisons.

De nombreux groupes et organismes autochtones qui ont généreusement partagé leur temps, leurs connaissances et leurs expériences avec les participants ont insisté sur l’urgence de la réconciliation. Ces partenaires ont été essentiels au parcours d’apprentissage de l’équipe Réconciliation du programme Canada au-delà de 150 ainsi qu’à l’élaboration de ses propositions de politiques.

Une leçon les a particulièrement aidés à bien comprendre le besoin en changement transformationnel :

Nous essayons constamment de trouver de nouvelles solutions et politiques afin de régler les problèmes et d’apporter les changements nécessaires, mais l’ingéniosité de chaque nouvelle solution importe peu, car elle est greffée à un arbre empoisonné. Les racines et le tronc de l’arbre sont les structures coloniales, paternalistes et racistes qui sont toujours en place. Nous continuons à ajouter de nouvelles branches à un arbre empoisonné et nous nous attendons à les voir fleurir. Elles ne le feront pas. La question devient alors : « Comment allons-nous planter un nouvel arbre? »

Enseignement par un aîné

L’équipe a compris que seule une fonction publique sans valeurs coloniales pourra permettre d’effectuer un véritable travail de réconciliation. Lors des discussions avec les partenaires, l’équipe a défini trois thèmes de politiques pour entamer cette décolonisation.

Langues officielles : les barrières non officielles

Pour la plupart des gens, les deux langues officielles du Canada sont une source de fierté. Le gouvernement fédéral reconnaît les droits en matière de langues officielles. Toutefois, selon certains partenaires autochtones, la politique sur les langues officielles du Canada est un triste rappel de son passé colonial et des pratiques coloniales toujours en vigueur. Bien que le gouvernement fédéral déploie tous les efforts pour assurer l’égalité du français et de l’anglais, il frappe les langues et les cultures autochtones avec des politiques et des actions racistes.

Ne serait-il pas approprié que les fonctionnaires autochtones soient exemptés des exigences en matière de langues officielles et qu’il leur soit permis de promouvoir leurs propres langues au travail? Ne serait-il pas logique que les services gouvernementaux soient offerts dans les langues autochtones des populations de chaque région? Est-ce que les applications technologiques devraient intégrer ces langues et pratiques culturelles connexes aux activités quotidiennes de la fonction publique?

Ce type de changement pourrait être transformatif. À quoi ressemblerait une fonction publique où un nombre plus élevé que jamais d’Autochtones occupent des postes supérieurs; où un plus grand nombre de fonctionnaires s’auto-identifient en tant qu’Autochtones; où les taux d’avancement sont égaux entre les employés autochtones et les employés non autochtones; et où la plupart des personnes sont au courant des effets dévastateurs du colonialisme sur les langues et les cultures autochtones?

Si je devais prendre l’ascenseur avec le premier ministre, je lui demanderais pourquoi je dois apprendre le français au lieu de ma propre langue pour réussir à avancer dans ma carrière au sein de la fonction publique.

Un fonctionnaire autochtone

Certaines connaissances ne se trouvent pas dans les livres

La réconciliation ne se limite pas aux langues. Nous devons adopter une philosophie qui permet de cultiver une forêt de nouvelles idées et approches.

Si la fonction publique du Canada souhaite comprendre, apprécier et intégrer l’histoire, les réalités et les systèmes de connaissances autochtones à ses activités, elle doit voir au-delà des méthodes d’apprentissages traditionnelles d’Europe. Les systèmes de connaissances et de résolution de problèmes autochtones, notamment les traditions orales et les cercles de partage, peuvent présenter de nouvelles solutions aux problèmes de politiques publiques et même remettre en question les conventions si bien ancrées.

Le gouvernement fédéral pourrait créer un centre d’apprentissage en partenariat avec le Centre national pour la vérité et la réconciliation. Le centre animerait des séances d’apprentissage sur les questions autochtones pour les employés du secteur public. Imaginez le potentiel d’apprentissage des fonctionnaires en détachement dans les collectivités et les gouvernements autochtones, ou de ceux qui ont la liberté de collaborer avec des partenaires autochtones experts.

Ce centre pourrait encourager l’emploi chez les fonctionnaires autochtones et devenir le forum de la fonction publique où serait mesuré et analysé l’avancement en ce qui concerne l’appel à l’action no 57 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Nouvelle structure, nouvelles relations

La réconciliation est seulement possible si nous transformons les relations entre les partenaires autochtones et le gouvernement du Canada. Le financement instable, le changement constant des administrateurs, la prestation insuffisante de programmes et un manque de partage des responsabilités empoisonnent ces relations.

Il existe des solutions. Grâce au développement conjoint, par exemple, le gouvernement fédéral peut explorer de nouvelles façons de bâtir des relations solides et productives avec les collectivités autochtones. Ces relations reposeraient sur un soutien global et continu offert aux collectivités et aux nations, sur de nouveaux mécanismes de financement qui accordent le plein pouvoir aux Autochtones et sur des structures décentralisées de prise de décisions qui renforcent l’autonomie des institutions autochtones.

Des semences pour faire pousser un nouvel arbre

La réconciliation demande que le gouvernement cesse ses pratiques habituelles. Pour soutenir ce travail, il est nécessaire de décoloniser la fonction publique. Les fonctionnaires doivent se présenter à la table avec humilité et reconnaître que les solutions se trouvent au sein des collectivités autochtones.

Le travail de réconciliation ne fait que commencer, et il nécessitera un partenariat continu et un développement conjoint. Donc, grâce à un appui continu, les propositions de décolonisation de la fonction publique peuvent devenir les graines d’un nouvel arbre.

 

Lisez le rapport complet de l’équipe